À l'occasion des festivités de génération à Kpass, une localité de la Région des Grands Ponts, dans le département de Dabou, le Très révérend Aké André Essoh, un patriarche a livré un témoignage émouvant sur la transmission culturelle et la grâce de revivre cette célébration 56 ans après sa première participation. Une fête qui rassemble toutes les générations.
Paré d'un collier rouge symbole de sa classe sociale, le guide religieux prend la parole. La voix est posée, marquée par l'émotion.
« Je suis là pour la deuxième fois. En fait, c'est une histoire de génération », commence-t-il.
Le serviteur de Dieu que nous avons rencontré explique qu'il boucle la boucle. Car il est de la génération Nigbessi et appartient à la catégorie Kata.
56 ans se sont écoulés depuis sa première participation à cette fête initiatique qui marque la vie sociale en pays Adjoukrou et Alladian.
« J'ai déjà fait une première fois. 56 ans sont passés. C'est l'anniversaire de cette célébration pour nous respecter. Dieu m'a fait la grâce d'être parmi ceux-là », confie-t-il avec gratitude.
Une longévité exceptionnelle qu'il attribue à Dieu. Pasteur de profession, il se définit avant tout comme un homme de culture : « Je suis de l'Église, je suis du village, je suis pasteur. »
Au-delà de la célébration, c'est la transmission qui est au centre de l'événement. Il détaille l'organisation :
« Avec nous, il y a des jeunes de 16, 17, 18 jusqu'à 25 ans. Ça dépend des familles, ça dépend des chefs de famille. C'est le chef de famille qui décide. »
Sur les 55 membres de sa génération, ils ne sont plus que 14, précise-t-il. Aujourd'hui, leur rôle est de faire sortir et d'encadrer la nouvelle génération qui va prendre le relais dans la gestion des affaires du village.
« Aujourd'hui, on va faire sortir ceux qui vont nous suivre, ( les Nigbessi bomon) et nous serons obligés de les encadrer. »
Dans son message, le patriarche a tenu à rendre gloire à Dieu tout en appelant au respect des us et coutumes.
« Merci à Dieu qui nous permet de revivre ce petit instant, parce que c'est une grâce exceptionnelle que nous recevons de la part du Seigneur. Donc toute la gloire revient à Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Qu'Il bénisse l'Église, qu'Il bénisse notre nation qui respecte les cultures des uns et des autres. »
Un message fort qui résume la dualité assumée par de nombreux cadres de la région : chrétiens engagés et gardiens de la tradition.
Les festivités se poursuivent dans le village avec la présentation des nouvelles générations et des danses traditionnelles.
Une célébration qui, 56 ans plus tard, continue de faire battre le cœur des villages de la région des Grands-Ponts.